jeudi 27 juillet 2017

> Le poème du jeudi (#11)




DEUXIÈME ANNIVERSAIRE

Non, je n’ai pas pleuré toutes mes larmes
Elles se sont amassées en moi.
Depuis longtemps mes yeux n’en ont plus,
N’en ont plus aucune, et je vois le monde.

Plus rien ne m’étouffe, aucune torture,
Douleur de l’offense, ou de l’absence.
Leur sel, qui brûle tout, s’est glissé
Dans mon sang. Tout est lucide et sec.

J’ai l’impression qu’en quarante et un,
C’était, je crois, le premier jour de juin,
Est apparue, comme sur une soie
Froissée, ton ombre de martyre.

Partout encore s’imprimait le sceau
Des grands malheurs, des récentes menaces.
Et j’ai aperçu ma ville à travers
L’arc-en-ciel des larmes dernières.


Anna Akhmatova, 1946. Traduit du russe par Jean-Louis Backès.
In Requiem, Poème sans héros et autres poèmes. Poésie/Gallimard, 2007.



jeudi 20 juillet 2017

> Le poème du jeudi (#10)




Une chose est morte. Je ne me souviens pas
du nom étrange qu’elle avait.
Mais qu’importe à vrai dire.
Je n’ai pas ri assez de ces drôleries-là !

Cette nuit, je vais tout droit, les yeux
nouveaux,
une âme claire aux poings fermés.

Eh bien ! Sages, qu’un soir a fait
enfants : dansons, dansons !



Ariel Spiegler
C’est pourquoi les jeunes filles t’aiment, Éditions de Corlevour, 2017.

jeudi 13 juillet 2017

> Le poème du jeudi (#9)




PLONGE

La poussière avec la lumière tombe.
Toute une pile d’assiettes sales m’attend
comme une montagne son prophète,
passage vers la blancheur
en vain
en vain
tandis que dates et codes m’écrasent.

Une autre fois
j’émigre transparente.
L’heure du sein n’a pas de goût.



Athina Papadàki
In Anthologie de la poésie grecque contemporaine – 1945-2000, traduction Michel Volkovitch, Poésie/Gallimard, 2000.

jeudi 6 juillet 2017

> Le poème du jeudi (#8)




le large
cette démesure de ta langue
au fond de moi

laisse-moi errer

ça sent le noyé la marge
le rat crevé

je t’offre ma soif
pour les coups à venir
pour l’étreinte de l’amant

pour certaines choses de la vie
il faut plus qu’un poème



Makenzy Orcel
in Anthologie de poésie haïtienne contemporaine. Poésie Points. 2015.


 

jeudi 29 juin 2017

> Le poème du jeudi (#7)




POÉSIE SANS PHRASES

Comme ce serait bien de quitter un jour tous les quatre
Cambo les Oies dans un fiacre
pour visiter l’Europe et les deux Amériques
ô chic !
Et déjeuner au bord de l’Orénoque
avec des gens loufoques


Paul Gadenne
Poèmes, Actes Sud, 1988.