jeudi 16 novembre 2017

> Le poème du jeudi (#27)




j’ajoute un ciel
à chaque chose
un ciel à chaque pas
un ciel pour les orties
et les ronces
j’ajoute un ciel
même lorsqu’il n’existe pas
pour le froid et la fenêtre cassée
dans le cri de l’épervier
à l’intérieur de l’ombre d’une pierre
un peu comme si j’ajoutais
des feuilles à un arbre mort
un peu comme si les feuilles
étaient le pluriel d’un arbre.
 

Claude Vigée, revue Paysages écrits, N° 28, octobre 2017.

jeudi 9 novembre 2017

> Le poème du jeudi (#26)





Le héron cendré
T’examine.
Toi tu cherches
Une île où vivre
À marée montante.

/

Jacqueline Held, in Ton chat t’écoute. Illustrations de Luce Guilbaud. Le dé bleu (coll. Le farfadet bleu), 1994.

jeudi 2 novembre 2017

> Le poème du jeudi (#25)




Mon attente et mon désir dépassent absolument les possibilités de l’histoire. Je trébuche dans un monde pétri de mon sang et de mes larmes. Il m’eût suffi qu’il ouvrît un œil sur ma misère. Il ne l’a pas fait ; ne le fera jamais.

Bonsoir monde, enfant mort et mortelles furies.

Sous le lit en pièces de mon incohérence, mon pain cuit. Là seulement je suis encore en vie et me tiens aux aguets, sentinelle de ma propre naissance.

/

Vincent La Soudière, Brisants, Arfuyen, 2003.

jeudi 26 octobre 2017

> Le poème du jeudi (#24)




je suis assise au bord de la mer
comme si c’était la mer
et comme si quelque part il y avait une autre rive
et non la fin du monde


et comme si la fin était là-bas
et non ici

/

Marianna Kiyanovska
in « Comme si c’était la mer », la revue de belles-lettres, 2016, 2. Traduit de l’ukrainien par Iryna Dmytrychyn.

jeudi 19 octobre 2017

> Le poème du jeudi (#23)




Maintenant, le fer nuisible et, plus nuisible que le fer, voici
l’or. Et voici la guerre, qui avec l’un et pour l’autre se bat,
agite d’une main ensanglantée ses armes qui claquent.
On vit de vols. L’hôte ne protège pas l’hôte
ni le gendre le beau-père. La bienveillance des frères est rare.
Le mari invente la perte de sa femme, la femme celle de son mari.
D’effrayantes belles-mères mélangent l’aconit pâle.
Le fils avant le temps compte les années de son père.
La piété est morte et la vierge, dernière des habitants du ciel,
Astrée, quitte les terres mouillées de meurtres.
Mais l’Éther élevé n’est pas plus sûr que les terres.
Les Géants, dit-on, abordent au royaume céleste
et posent montagnes sur montagnes, jusqu’aux étoiles.
Le Père tout-puissant, d’un trait de foudre, brise
l’Olympe, arrache le Pélion à l’Ossa qui le tenait.
Écrasés sous la masse, les corps sinistres gisent.
La terre est touchée du sang de ses enfants
et s’en imbibe, dit-on. Elle anime ce flot tiède et,
pour qu’il reste une trace de son espèce,
en fait des faces d’hommes. À son tour cette race
méprise les dieux, désire le meurtre sauvage,
se fait violente ; tu comprends, elle est née du sang.

 /

Ovide,  Les Métamorphoses, Livre I ("Les quatre âges du monde" – vers 141 à 162). Traduit du latin par Marie Cosnay. Éditions de l’Ogre. 2017.




jeudi 12 octobre 2017

> Le poème du jeudi (#22)



Mes pleurs coulaient parmi vos rires :
Ma blessure saignait en moi seul.

Ma maison est pour moi une bête féroce,
Et sans repos j'erre par les routes.

Je t'en prie,ô maître des cieux,
Aplanis les chemins sous mes pas.



Jean Amrouche, Chants berbères de Kabylie. L'Harmattan, 1988. Traduit du berbère par Tassadit Yacine.

jeudi 5 octobre 2017

> Le poème du jeudi (#21)





SANS BONJOUR NI RIEN

Ni bonjour ni bonsoir
Il ne peut pas être question
de demander son chemin à des morts

ni conte ni chanson
ni ami
rien que la neige sur le Levesou
et des fermes dents dehors
nouées
sur leur ventre pourri

D’ici de là peut-être
un homme jeune
dans un pré
aux trois quarts de sa fin



Yves Rouquette, Rouergue, si. Pierre-Jean Oswald. 1972. Traduit de l'occitan par Marie Rouanet.